En pleine résurgence du protectionnisme américain, le Centre sur la productivité et la prospérité – Fondation Walter J. Somers (CPP) publie la quinzième édition de Productivité et prospérité au Québec – Bilan. Son principal constat est sans équivoque : le déficit de productivité structurel du Québec limite considérablement sa marge de manœuvre pour contrer les tarifs américains.
« À défaut d’avoir été capables de corriger le tir il y a quinze ans, quand les indicateurs tournaient au rouge, le Québec et le Canada sont aujourd’hui exposés à la montée du protectionnisme américain, parce que l’ampleur du déficit structurel de productivité limite les opportunités de développement de nouveaux marchés, que ce soit à l’international ou à l’intérieur du pays » déclare Robert Gagné, directeur du CPP et coauteur de l’étude. « Et quoi qu’on en dise, l’abolition des barrières au commerce interprovincial ne permettra pas d’inverser l’effet des menaces tarifaires américaines. »
Les estimations suggérant que les barrières interprovinciales imposent une charge équivalente à un tarif de 25 % ou à une perte de 5 100 $ du niveau de vie par habitant ont largement circulé dans les médias à la suite de l’annonce des tarifs américains. Or, selon les chercheurs de HEC Montréal, ces estimations sont probablement démesurées. « Même en envisageant une levée complète des entraves réglementaires au pays, il serait utopique d’espérer obtenir une augmentation de 6,9 % du niveau de vie au Canada, explique Jonathan Deslauriers, directeur exécutif du CPP et coauteur de l’étude. Parce que sur le fond, les véritables barrières au commerce interprovincial ont une origine structurelle : elles relèvent de la distance qui sépare les marchés régionaux, et de l’incapacité des entreprises à la surmonter en raison de l’ampleur de leur faible productivité. »
Pour inverser la tendance, le Canada dans son ensemble devra parvenir à stimuler l’investissement privé et à désenclaver le marché intérieur pour intensifier la concurrence. Plutôt que de tergiverser autour d’un problème qui aurait dû être corrigé trente ans auparavant en implantant le principe de reconnaissance mutuelle pour assurer la libre circulation des produits malgré le manque d’harmonisation des normes provinciales, les provinces devront s’attaquer au fondement du retard endémique de productivité au pays pour améliorer la résilience du marché intérieur, et ainsi permettre aux entreprises canadiennes de franchir les frontières de leur marché local. « Dans un tel contexte, il devient essentiel de renforcer les axes commerciaux d’est en ouest en investissant massivement dans les infrastructures de transport. L’annonce d’un TGV entre Québec et Toronto constitue un pas dans la bonne direction. Cependant, les efforts et les promesses électorales devront se concrétiser rapidement », ajoute Robert Gagné.
Pour en savoir davantage : Deslauriers, Jonathan, Robert Gagné et Jonathan Paré, Productivité et prospérité au Québec – Bilan édition 2025, Centre sur la productivité et la prospérité (CPP) – Fondation Walter J. Somers, HEC Montréal, Mai 2025
